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Dictionnaire du catharisme | Lexique

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Sélection des principaux termes associés à la recherche sur l'histoire cathare et à la Croisade albigeoise : albigeois, bogomiles, consolament, endura, melhorament, stèles discoïdale... et quelques personnages clés : Dominique de Guzman, Guilhabert de Castres, Raymond de Péreille...

Abjuration

L'abjuration se définit au Moyen Âge comme étant la renonciation officielle à une doctrine qui se veut hétérodoxe. C'est un des actes de la procédure inquisitoriale contre l'hérétique qui fait suite aux aveux et est provoqué lors du sermon général. Pour l'Inquisition, l'abjuration reste le préliminaire obligatoire de la pénitence et du pardon.

« Dans la procédure inquisitoriale, l'abjuration, renonciation à une doctrine hérétique, est tout d'abord un acte écrit lors de l'interrogatoire et qui intervient après l'aveu du coupable. Lors du sermon général de l'inquisiteur qui, publiquement, dénonce les fautes du coupable, ce dernier abjure une seconde fois solennellement avant de faire pénitence.

« Si quelqu'un veut se repentir sérieusement et se détacher réellement de ses erreurs, il doit, avant d'être relevé de la sentence d'excommunication portée par le droit contre les hérétiques, abjurer absolument toute hérésie. L'abjuration sera consignée à la suite de son aveu » (Bernard Gui, inquisiteur de Toulouse, 1322).

« Les suspects d'hérésie sont tenus d'abjurer dans tous les cas [suspicion faible, forte ou violente]. [...] L'abjuration, dans l'église cathédrale, se fera en langue vulgaire pour que tout le monde comprenne » (Nicolas Eymerich, inquisiteur de Catalogne, 1376).

Absolution

Pouvoir réservé à l'évêque dans l'Église primitive, l'absolution est pratiquée par les prêtres au XIIIe siècle, malgré les discussions qu'elle engage sur la pénitence. Dans le cadre de la procédure inquisitoriale, elle est essentielle pour relever un suspect de toute accusation d'hérésie.

« L'absolution est donnée à l'accusé d'hérésie ayant subi un procès ordinaire et qui apparaît totalement libre de tout crime d'hérésie. L'inquisiteur prendra garde de ne pas déclarer dans sa sentence absolutoire que le dénoncé est innocent ou exempt, mais de bien préciser que rien n'a été prouvé contre lui. [...] L'absolution peut être aussi donné par l'inquisiteur dans le cas d'une abjuration de suspicion d'hérésie violente » (Nicolas Eymerich, inquisiteur de Catalogne, 1376).

Abstinence

Celui qui reçoit le consolament (consolamentum) doit respecter de manière radicale un certain nombre d'abstinences, dont la chasteté absolue mais aussi la non-consommation de toute nourriture d'origine animale (viande, graisses, lait, oeufs, fromage). Seul le poisson était autorisé. L'hérétique devait aussi s'abstenir de mentir ou de prêter serment, attitude souvent démasquée et pointée lors des interrogatoires par les inquisiteurs.

Albigeois

Terme désignant les hérétiques du Midi de la France dans les premières sources faisant allusion à l'hérésie des bons hommes (boni homines). On rencontre aussi ce terme dans les testaments des seigneurs partant pour la Croisade contre les Albigeois, croisade « contre le pays albigeois » qui comprenait notamment dans les esprits de l'époque les régions du Béarn, du Périgord, de l'Agenais, du Quercy et du bas Languedoc.

Amour courtois

L'amour courtois est une création des troubadours qui, à travers le trobar, ont permis l'émergence d'un comportement nouveau à l'égard des femmes dans la société médiévale occitane. L'amour courtois développé par le troubadour engage ce dernier dans un système de service et de fidélité à la dame aimée qui est souvent celle de son protecteur. Au service du prince, le troubadour désargenté reçoit la protection du seigneur mais souhaite aussi l'estime de sa dame à travers un discours de compliments aimables. Obligé de maîtriser ses désirs dans une cour où les jaloux ne manquent pas, le troubadour se voit donc aussi dans l'obligation de brider sa passion à travers un beau langage et un amour dit « courtois ».

Cet amour ou jeu courtois défendu par Raimon de Miraval provoque parfois le chagrin ou la souffrance chez le troubadour, mais permet ainsi le perfectionnement intérieur, aboutissement d'une longue attente (appelé « mesure » par les troubadours) où l'amant satisfait bientôt son amour (la joy) uniquement à travers la présence ou la pensée de la dame. Cet amour courtois se concrétise notamment par la forme de l'amor de lonh (l'amour lointain) ou de la non-possession de la femme aimée. Ainsi, le troubadour Jaufre Rudel suit en 1147 le Comte Alphonse-Jordan de Toulouse dans la deuxième Croisade (1147-1149) pour l'amour de la comtesse Odierne de Tripoli qu'il n'avait jamais vu mais dont on lui a rapporté la douceur. Durant le voyage, il tombe malade et sa vida raconte qu'à son arrivée, la comtesse « s'en vint près de lui [...] et le prit dans ses bras. Il sut que c'était la comtesse et aussitôt il recouvra la vue, l'ouïe et l'odorat ; il remercia Dieu d'avoir soutenue sa vie jusqu'à ce qu'il l'eût vue. Il mourut ainsi entre ses bras ».

L'origine de l'amour courtois reste encore incertaine. L'influence musulmane d'Al-Andalus a été avancée mais si des points communs existent comme l'amour spirituel ou la mort de l'amant dans le chagrin, les différences sont trop importantes pour permettre d'établir un lien entre la littérature arabo-musulmane et celle des troubadours. Quant à une marque de l'Église, il ne peut en être question en raison de l'amour extra conjugal exalté par les troubadours et sévèrement condamné par le clergé. C'est avec la croisade des Albigeois, la présence française dans un Languedoc annexé que la renommée des troubadours, et avec elle, l'amour courtois, s'estompe progressivement à la fin du XIIIe siècle où une autre société se construit en Occitanie. Les chansons d'amour en langue d'oc ne sont plus à l'honneur, les sénéchaux et chevaliers venus du Nord occupent les anciens palais et châteaux, la langue, la culture et le genre de vie sont devenus français.

Anathème

La plus grave des peines ecclésiastiques en Occident. C'est une condamnation de l'Église portée contre une personne ou une doctrine qu'elle développe, qui est considérée comme en contradiction avec la foi chrétienne et romaine et qui « [l'] envoie dans l'enfer avec le Diable » (Adrien II, IXe siècle). L'anathème est prononcé à plusieurs reprises dès le XIe siècle contre des hérétiques dans le royaume de France mais aussi dans le Midi. Rapidement, l'Église comprend le peu d'impact de cette décision contre des mouvements dissidents confirmés et organisés et qui ne dure que le temps de la culpabilité. L'anathème se confond alors dès le XIIe siècle avec l'excommunication majeure.

Apostasie

Abandon de la foi chrétienne après réception du baptême. L'apostasie reste un problème important pour l'Église qui touche la foi au XIIIe siècle, lors de l'action de l'Inquisition contre les hérésies. « La véritable apostasie [étant] celle par laquelle on renonce à la foi » (Thomas d'Aquin), peuvent être désignés coupables de ce péché ceux qui reviennent à l'hérésie après une première abjuration et à qui l'on donne le nom de « relaps ». L'apostat est le nom désignant à l'origine cet individu qui a abandonné publiquement la foi chrétienne après avoir reçu le baptême.

Appel

Plainte formulée devant un juge supérieur d'une sentence rendue par un juge inférieur si l'on s'estime lésé par le jugement qui a été prononcé. L'appel, dans la procédure inquisitoriale, n'existe pas.

« L'inquisiteur passe outre à tout privilège d'exemption, aux procédés dilatoires et à l'appel » (Bernard Gui, inquisiteur de Toulouse, 1322).

« Dans certains cas, l'accusé peut faire appel au pape. On tiendra ou on ne tiendra pas compte de l'appel selon les circonstances et selon les motivations. L'appel est juste si l'inquisiteur a enfreint la loi au cours du procès. Si ce dernier conclut qu'il est justifié, il en élimine la cause, reprend le procès au stade où il était lorsque fut commise la faute justifiant l'appel et poursuit normalement » (Nicolas Eymerich, inquisiteur de Catalogne, 1376).

Aveu

Moment important dans la procédure inquisitoriale qui permet à l'hérétique de dénoncer ses croyances. Dans de nombreux cas, l'aveu était rarement obtenu par les inquisiteurs. « La culpabilité s'établit de deux façons : soit par l'aveu de l'intéressé, soit par la preuve testimoniale. Les inquisiteurs préfèrent de beaucoup l'aveu, mais la difficulté consiste à l'obtenir » (Bernard Gui, inquisiteur de Toulouse, 1322).

Bogomiles

Secte chrétienne de Bulgarie fondé par un certain « pop bogomilo ». Les bogomiles (« aimables à Dieu ») sont des chrétiens manichéens, influencés par les pauliciens, dont l'apparition est datée du Xe siècle dans les Balkans. Dualistes, les bogomiles voient dans la création matérielle l'oeuvre du diable, Dieu n'étant que le créateur d'un monde spirituel. Au XIe siècle, Boris le bogomile développe les idées de la secte à Constantinople, puis dans les Balkans, et notamment en Bosnie. ils seront poursuivis pour leur dualisme par Byzance. L'historiographie tentera après les années 50 de construire des liens entre les Bogomiles et les hérétiques méridionaux, au travers du pseudo-concile de Saint Félix de Caraman (1167).

Bras séculier

Expression désignant la justice laïque. En opposition aux juridictions ecclésiastiques, le bras séculier définit exclusivement une justice civile. L'Inquisition confiait ainsi les hérétiques condamnés au bûcher au bras séculier chargé de l'application de la sentence, l'Église ne se reconnaissant pas le droit de verser le sang.

Bulle pontificale

Par extension, acte pontifical écrit scellé d'un sceau rond en plomb représentant à l'avers les têtes de Saint-Pierre et Saint-Paul et au revers le nom du pape régnant. Les bulles pontificales sont identifiées par leurs premiers mots.

Canon conciliaire

Décret officiel pris par un concile. En droit religieux, le canon conciliaire désigne un chapitre, décision législative prise par un concile. Assemblée d'évêques, le concile est le plus souvent chargé de statuer sur des questions de dogme, de morale ou de discipline. À plusieurs reprises, des conciles sont convoqués aux XIIe et XIIIe siècles afin de répondre au danger de l'hérésie. Le concile de Toulouse (1229), à la suite du traité de Meaux-Paris et de la Croisade contre les Albigeois, définit les premiers principes de la lutte contre l'hérésie et jette les premiers articles de la procédure des tribunaux de l'Inquisition qui s'installent en 1234 dans le Midi de la France.

Chanoine

Clerc vivant par obligation en communauté sous l'autorité d'une règle. Contrairement aux moines, le chanoine peut posséder des biens en propre. Le chanoine reste souvent attaché à l'entourage de l'évêque, ou est à disposition de l'église collégiale.

Consolament

Terme occitan qui signifie « consolation » (consolamentum en latin). Le consolament aurait été l'unique sacrement des hérétiques méridionaux et été donné par l'imposition du livre de l'Évangile de Saint-Jean sur la tête du postulant et une imposition des mains de celui qui pratiquait ce sacrement et que l'Inquisition désigne comme hereticus perfectus. Il est assimilé à un baptême, une pénitence ou une ordination mais il reste surtout un rite de transmission par contact, en opposition au baptême chrétien par l'eau, rite de passage et de purification. Le consolament était aussi considéré comme extrême-onction dans les derniers moments de la vie d'un hérétique. Pour l'Inquisition, cet acte était appelé « hérétication » et marquait tout suspect d'hérésie convaincue, entraînant la prononciation d'une sentence et d'une condamnation selon le degré d'hérétication.

Croyant

Pour l'Inquisition, le croyant (credens hereticum) est le simple « fidèle » de l'hérésie des bons hommes. Contrairement à l'hérétique avéré ou hereticus perfectus, le croyant n'a pas reçu dans la plupart des cas le consolament et n'est donc pas soumis aux règles d'abstinence des bons hommes. Le croyant se doit de respecter ces derniers, les saluer par le melhorament (melhoramentum), assister aux sermons et aider de toutes les manières possibles les bons hommes dans la clandestinité ou le danger. Il peut recevoir le consolament, le plus souvent sur son lit de mort.

Décrétale

Réponse écrite du pape donnée à la suite d'une consultation sur un point de droit. Dès le IVe siècle, la décrétale pontificale fait force de jurisprudence dans l'Église car le pape « fait le droit » et peut, comme juge suprême, peut annuler toute décision judiciaire ne respectant pas les règles de la décrétale. En raison de leur nombre, des collections officielles de décrétales sont constituées à partir du XIIe siècle.

Délation ou dénonciation

« On admet, contrairement au droit commun, le témoignage des parjures, des criminels et des excommuniés. Si les dires des témoins [délateurs] ne s'accordent pas, l'inquisiteur constate qu'il ne s'accorde que sur « la substance de la chose » ou du fait et décide seul de la recevabilité des témoignages. Les dépositions des témoins sont communiquées au prévenu, mais leurs noms sont tenus secrets si on redoute pour eux des représailles. Les inquisiteurs de Toulouse se firent une règle de ne jamais les dévoiler (Bernard Gui, inquisiteur de Toulouse, 1322).

« Les délateurs seront écoutés judiciairement dans un laps de temps prévu pour cela. L'inquisiteur écrit de sa main, dans un petit cahier (comme un aide-mémoire) toutes les délations, les noms des délateurs et des dénoncés, les noms des témoins à interroger » (Nicolas Eymerich, inquisiteur de Catalogne, 1376).

Déviant

Toute personne qui s'écarte de la stricte orthodoxie, définie par les dogmes de l'Église romaine. Ce terme est à préférer à « hérétique » qui se place d'un point de vue défendu par l'orthodoxie romaine.

Dominique de Guzman

Dominique, né vers 1173, fondateur de l'ordre des Dominicains ou ordre des Frères prêcheurs confirmé en 1216, est le premier religieux qui ait tenté de combattre le catharisme en Languedoc par une prédication dans la mendicité. Mort en 1221, il est canonisé en 1234.

Natif de Caleruega dans le diocèse d'Osma (Castille), Dominique Guzman entre au chapitre d'Osma vers 1196, est sacristain en 1199 puis sous-prieur en 1201. En 1203, l'évêque Diègue d'Osma et Dominique partent pour une ambassade royale en Scandinavie dont ils reviennent en 1204 en traversant un Languedoc ravagé par l'hérésie cathare. Un nouveau voyage vers les Marches en 1205 les fait revenir l'année suivante par Rome puis par Cîteaux. C'est lors de leur retour pour rejoindre la Castille en 1206 qu'ils traversent le Languedoc et qu'ils rencontrent à Montpellier des légats cisterciens envoyés par Rome comme prédicateurs contre l'hérésie cathare.

Conscients de leurs échecs, les légats enjoignent Diègue et Dominique à les accompagner dans leur mission. Avec l'approbation de Rome, Dominique s'investit alors dans l'évangélisation du Languedoc durant onze ans et commence ses rencontres avec les cathares à Servian, Béziers et Carcassonne (1206). Un monastère à Prouilles de femmes cathares converties est alors fondé par Dominique la même année. La prédication dans la mendicité selon la forme apostolique prônée par Dominique se poursuit à Montréal où une Bible jetée dans le feu en présence de Dominique ne brûle pas (1207) et à Pamiers. Mais l'assassinat du légat Pierre de Castelnau par un proche du comte Raimon VI de Toulouse en 1208 déclenche la Croisade contre les Albigeois. Dans un Languedoc en proie à la guerre, Dominique se retrouve alors seul dans la prédication, malgré le soutien du concile d'Avignon (1209) ou de l'évêque Foulques de Toulouse (1211). Réfugié à Prouilles (1212), il devient vicaire de l'évêque de Carcassonne (1213) puis curé de Fanjeaux (1214) avant de fonder une communauté de la Prédication à Toulouse dans la maison de Pierre Sellan.

Conscient de la nécessité d'une légitimation de son action, Dominique est présent au Concile de Latran IV (1215) et obtient d'Innocent III la promesse d'une confirmation de son ordre après le choix d'une règle. Il revient donc à Toulouse et choisit avec ses frères la règle de Saint Augustin puis reçoit la chapelle de Saint Romain de Toulouse avant son deuxième voyage à Rome (1216) où le pape Honorius III reconnaît officiellement l'ordre des Dominicains et leur mission de prédication. Dès lors, Dominique envoie des frères fonder des communautés de Prêcheurs en Espagne et à Paris (1217) puis rejoint Rome (1218). Les dernières années de sa vie sont un long voyage dans un Ordre en plein développement. Présent en Espagne à Talamenca où il reçoit une importante donation de l'archevêque de Tolède (1218), il est à Paris, à Milan, Bologne puis à Viterbe auprès du pape (1219). De retour à Rome et à la Curie (1220), il rassemble la même année le premier chapitre général de l'Ordre à Bologne et fait rédiger les premières constitutions de l'Ordre. Son départ pour la Lombardie puis sa réapparition à Rome où il fonde le monastère de Saint Sixte (1221) ne l'entrave pas dans l'organisation du deuxième chapitre général à Bologne, ni dans l'organisation de l'Ordre en provinces ou l'envoi de Prêcheurs en Angleterre, en Scandinavie, en Pologne et en Hongrie. C'est dans la ville italienne de Bologne que Dominique épuisé meurt le 6 juillet 1221. Après un procès de canonisation demandé par le pape Grégoire IX en 1233, Dominique est canonisé le 3 juillet 1234.

Endura

Terme occitan qui signifie « jeûne ». Détournée par les polémiques comme étant un suicide rituel par inanition, l'endura serait en réalité une abstinence, pratiquée à la suite d'un consolament. Les sources restent cependant bien pauvres sur cette notion, ce qui a permis des interprétations fantaisistes encore d'actualité.

Enquête (inquisitio)

« Le temps de grâce écoulé, l'inquisiteur compulse son aide-mémoire, soupèse les délations, détecte celles qui sont peu vraisemblables, isole les crimes les plus graves et les plus dangereux pour la foi. Là où la gravité est la plus claire, l'inquisiteur commence d'enquêter, citant celui qui dénonça les faits. [...] Si il n'y a ni aveu spontané, ni accusation, ni délation, l'inquisiteur enquête selon son propre office » (Nicolas Eymerich, inquisiteur de Catalogne, 1376).

Excommunication

Sanction ecclésiastique contre un baptisé. L'excommunication est une sanction, excluant de la communauté chrétienne un homme ou une femme baptisée, pour des raisons d'hérésie en général mais aussi sanctionne des pouvoirs laïcs récalcitrants dans la lutte contre les hérésies. Toute atteinte à l'ordre chrétien est généralement condamnée par l'excommunication (rupture de la trêve de Dieu, répudiation, etc...). Cette sanction met l'excommunié en marge de la communauté des fidèles et le prive de l'accès aux sacrements traditionnels de l'Église.

Guilhabert de Castres

Guihalbert de Castres reste un des parfaits cathares les plus célèbres, mais seules les sources de l'Inquisition apportent des informations fragmentaires sur la vie religieuse et politique de ce personnage.

Originaire probablement de Castres, Guihalbert voit son frère Isarn et ses deux soeurs, rejoindrent comme lui le catharisme. Personnage hors du commun, il a consacré sa vie à la prédication et à la consolation. La première mention de l'action de ce personnage remonte à la fin du XIIe siècle. Résidant dans la place forte de Fanjeaux, Guihalbert de Castres, fils Majeur de l'évêque de Toulouse Gaucelin, possède une maison vers 1190-1195, rencontrant des femmes acquises au catharisme comme Aude et India de Fanjeaux ou encore Raimonde de Durfort. En 1204, Guihalbert opère l'hérétication de quatre grandes dames, Esclarmonde, soeur du Comte de Foix et veuve de Jourdain de l'Ile, Fays de Durfort, Aude de Fanjeaux et Raimonde de Saint-Michel, en présence de plusieurs grandes familles nobles des environs. La même année, il donne le consolamentum à Pierre Roger de Mirepoix, mortellement blessé dans un attentat.

Guihalbert de Castres est présent au colloque de Montréal (1207) où il s'oppose au cistercien Pierre de Castelnau, Légat du pape, puis à la dispute de Laurac (1208). Son passage à Montségur est signalé à plusieurs reprises entre 1211 et 1219, après avoir sillonné le pays de Sault et étant devenu Diacre de l'Eglise cathare sur le territoire de Fanjeaux. Dans les années suivantes, il tient maison dans la place cathare de Dun (1219), rencontre des chevaliers à Mirepoix (1221), est présent à Laurac et à Puylaurens (1223-1224), ou encore à Castelnaudary ou au Mas-Saintes-Puelles (1225).

Mandaté au concile cathare de Pieusse (1226) qui rassemble une centaine de parfaits et l'on désigne Benoît de Termes comme évêque cathare du Razès, il parcourt ensuite la région, et participe à la défense de Castelnaudary assiégée par l'armée royale la même année. Guihalbert de Castres possède désormais sa propre maison à Fanjeaux et une résidence à Mirepoix (1227). Le danger l'oblige cependant à changer régulièrement de lieux et on le rencontre parfois à Toulouse (1227-1228). Présent à Saint-Paul Cap de Joux (1229), il prend la décision d'établir le centre de résistance religieux à Montségur, pour les évêchés du Toulousain et du Razès. En 1232, Guihalbert de Castres s'installe donc dans la forteresse rebâtie en 1204 qu'il ne quitte presque plus. Amené à Montségur, Guihalbert de Castres pratique plusieurs ordinations et organise la vie religieuse et matérielle du château et du village. Les dénonciations et l'arrestation de parfaits proches du château le font cependant de nouveau fuir dans le Lauragais mais il n'arrête pas pour autant son activité. Il console à Hautpoul (1233), s'arrête à Montréal, reste quatre mois au château de Dourne en pays de Sault, puis deux mois à Usson avant de revenir sur Montségur. Ses prédications se poursuivent et le dernier acte connu de lui est le consolamentum d'Arnaud Dejean en 1241. Guihalbert de Castres serait mort naturellement dans la citadelle, ne connaissant pas sa chute en 1244 mais ayant vécu la reconquête de 1240.

Hérésie

« L'hérésie est un crime de « lèse-majesté divine » qui consiste dans le rejet conscient d'un dogme ou dans la ferme adhésion à une secte dont les doctrines ont été condamnées par l'Église comme contraires à la foi » (Bernard Gui, inquisiteur de Toulouse, 1322).

« Le terme « hérésie » peut avoir plusieurs significations. Selon Saint Isidore, le terme émane du verbe eligo (élire), l'hérétique se déterminant entre une doctrine vraie et une fausse, refuse la vraie et « élit » comme vraie une doctrine fausse et perverse. Selon Hugues, le terme « hérésie » est un dérivé du verbe « adhérer », l'hérétique adhérant avec ténacité à une doctrine fausse qu'il tient pour vraie » (Nicolas Eymerich, inquisiteur de Catalogne, 1376).

Hérétique

« On applique de droit le qualificatif d'hérétique dans des cas bien précis : est hérétique tout excommunié, tout simoniaque, celui qui s'oppose à l'Église romaine et ose contester la dignité qu'elle a reçu de Dieu ainsi que celui qui commet des erreurs dans l'explication de l'Écriture Sainte ou qui crée une nouvelle secte. Est aussi hérétique celui qui n'accepte pas la doctrine romaine en matière de sacrements et interprète autrement que l'Église de Rome un ou plusieurs articles de foi ou doute de la foi » (Nicolas Eymerich, inquisiteur de Catalogne, 1376).

Inquisition

Initialement justice ordinaire de l'Église, l'Inquisition s'impose en tant qu'institution spéciale et devient pontificale au XIIIe siècle, en 1234 dans le Midi de la France. La mission première de l'Inquisition concerne la conversion des hérétiques et la répression des dissidences religieuses. Instrument de l'intervention du pape dans le royaume de France, son activité diminue progressivement au XIVe siècle par le développement d'une justice royale soutenue par les évêques.

Interdit

Sanction ecclésiastique. L'interdit concerne une personne ou une région qui, par son attitude vis-à-vis de l'Église et de la foi (hérésie, rébellion, rejet,...), n'est plus en droit de recevoir les sacrements.

Interrogatoire

« Quiconque venant à comparaître [...] comme suspect est entendu et interrogé, est tenu de jurer les Saints Évangiles de dire la pleine et entière vérité sur le fait d'hérésie. [...] L'inquisiteur procède à l'interrogatoire obligatoirement en présence de deux religieux doués de discernement. Un notaire rédige les procès-verbaux des dépositions dont on ne conserve que la substance ce qui, au sens du juge, « exprime mieux la vérité ». Exempt de toute juridiction, l'inquisiteur n'a pas à s'astreindre à suivre les règles de la procédure de droit commun. [...] L'inquisiteur, en prudent médecin des âmes, procède avec précaution au cours de l'interrogatoire » (Bernard Gui, inquisiteur de Toulouse, 1322).

« Tout inquisiteur tiendra compte des trois recommandations suivantes : il adapte ses questions à l'instruction, à la secte et au rang de l'accusé ; la ruse est la meilleure arme de l'inquisiteur [...]. Les accusés qui se montrent solides seront facilement convaincus d'hérésie si on leur oppose des théologiens ou des juristes chevronnés. Il est très difficile d'examiner ceux qui dissimulent leurs erreurs ; l'inquisiteur redoublera de ruse et de sagacité pour les suivre dans leurs retranchements et les amener aux aveux » (Nicolas Eymerich, inquisiteur de Catalogne, 1376).

Joglar

Le joglar est un jongleur musicien, interprète qui « jongle » avec les chansons par des jeux d'adresse ou en s'accompagnant de musiciens. Lié parfois à un troubadour, comme Papiol au service de Bertran de Born ou Alegre chantant pour Macabru, le jongleur, souvent dénigré par le troubadour, reste de basse condition sociale au XIIe siècle. Sa consécration dans les cours est le résultat de la conquête française et des importantes transformations de la société féodale. Les troubadours sont progressivement remplacés dans les riches cours princières par des jongleurs professionnels qui apprennent paroles et musique, et deviennent des ménestrels, artistes attachés à une cour.

Légat pontifical

Représentant officiel de la papauté. Nommé par le pape, le légat, en tant que représentant de Rome, dispose de pouvoirs étendus. En 1208, l'assassinat du légat Pierre de Castelnau est un des principaux déclencheurs de la Croisade contre les Albigeois.

Melhorament

Terme occitan signifiant « amélioration ». Ce rituel s'apparente à une salutation, une adoration que le croyant fait aux bons hommes qu'il rencontre. Selon les sources, il est fait de trois génuflexions, puis d'une phrase : « bénissez-moi, Seigneur, et priez Dieu qu'il fasse de moi un bon chrétien et me conduise à une bonne fin ». À ces mots, l'hérétique répond : « Que Dieu en soit prié, qu'il fasse de vous un bon chrétien et vous conduise à une bonne fin ». Pour l'Inquisition, le melhorament (melhoramentum) est une adoration des hérétiques.

Mendiants

Nom donné communément aux Dominicains et aux Franciscains. À partir du XIIIe siècle, ces ordres apostoliques, qui renoncent à toute propriété et vivants de la générosité des fidèles, sont appelés ordres mendiants.

Occitan

La langue occitane, d'origine latine, se forme dès le XIIe siècle avec les troubadours. La langue parlée en Occitanie est une langue à l'origine romane, issue d'un latin probablement populaire, différente du latin classique connu dans son accentuation et sa phonétique notamment, mais qui n'a pas laissé de trace écrite connue à ce jour.

La différenciation des parlers se faisant sous l'influence de facteurs historiques, les dialectes du sud de la Gaule s'écartent davantage de ceux du nord, pour devenir au VIème siècle, la lingua romana rustica, puis la lingua romana avant de prendre le nom de lenga d'oc (langue d'oc) - terme employé par la Chancellerie royale dès 1298 - par opposition à la langue d'oïl du nord.

Au XIIe siècle, cette langue utilisée par les troubadours est désigné sous le nom de lemosi (limousine), nom du territoire de l'époque d'où sont issus les premiers troubadours comme Guilhem de Poitiers ou encore Bernar de Ventadorn. Aux XIIIe et XIVe siècles, le terme proensal (provençal) est courant pour désigner ces dialectes du sud découverts lors de la croisade des Albigeois puis de l'annexion du Languedoc au Royaume de France. Ambassadeur de la langue d'oc, le troubadour du Midi qui disparaît au XIIIe siècle entraîne alors avec lui la disparition d'une littérature mais aussi d'une langue. Seul le royaume d'Aragon maintient l'utilisation de la langue d'oc où elle devient l'idiome d'état.

Au XVIe siècle, le terme de « provençal » revient à la mode, langue des universités méridionales en concurrence avec le latin avant l'édit de Villers-Cotterets (1539) qui met fin à l'enseignement général en occitan. Mais au XIXe, il laisse place aux termes « roman » et « occitan » préférés par Reynouard, Fabre d'Olivet ou Rochegude, inventeur de l'occitanien. Avec le Félibrige, le terme provençal est choisi, en raison des origines de Mistral, pour reprendre le terme de langue d'oc ou d'occitan après la première Guerre Mondiale avec Estieu et Perbosc. Si la langue d'oc a obtenu progressivement une reconnaissance littéraire, elle se subdivise aujourd'hui en dialectes en raison notamment de l'absence de codification grammaticale durant plusieurs siècles et de l'influence des régions frontières à l'Occitanie. Au sud, c'est formé ainsi le catalan (influence espagnole et mauresque), à l'Est, le provençal (influence italienne), au nord, le limousin (influence française), à l'Ouest le gascon, ilôt linguistique particulier relevé dès le XIIe siècle par les troubadours, et au centre, le languedocien.

Ordinaire

En droit, l'ordinaire désigne le juge titulaire d'une juridiction normale qui, au Moyen Âge, reste souvent l'évêque ou un représentant désigné par ce dernier.

Parfait et parfaite

Etaient parfaits ou parfaites ceux qui avaient reçu le Consolamentum. Les parfaits ne mangeaient pas de viande ou dérivés sauf le poisson. Selon eux, le fait de manger de la viande animale revitalisait ses instincts brutaux. Ils ne devaient pas influencer la justice humaine (par exemple siéger dans les tribunaux, à la différence du clergé catholique, très impliqué dans les affaires temporelles).

Sorte de pasteur de l'Eglise cathare, les parfaits et parfaites ne se sont jamais appelés de cette manière mais se présentaient comme des Bons-Hommes et Bonnes-Femmes, ou Bons chrétiens et Bonnes chrétiennes.

Les parfaits se devaient de respecter scrupuleusement un mode de vie d'ascète :
. ne pas avoir de liaison charnelle
. ne pas consommer d'aliments carnés (ils se nourissaient exclusivement de poissons et de légumes et faisaient de nombreux jeûnes)
. ne pas pratiquer l'homicide y compris des animaux (considéré comme le péché le plus grave)
. ne pas succomber à la lâcheté devant la souffrance et la mort
. ne pas mentir ni jurer
. et surtout consacrer leur vie au spirituel (nombreuses prières, aider les autres, ...).

Peines

« L'Église ne considère point les pénalités qu'elle inflige comme de vraies peines. Elle leur laisse un caractère de pénitences utiles au bien spirituel des inculpés d'hérésie. L'hérétique qui refuse opiniâtrement de rétracter ses erreurs et le relaps sont abandonnés au bras séculier. Cette décision préserve l'inquisiteur de l'irrégularité qu'il aurait contactée en participant à une sentence capitale. Mais si la cour séculière ne livre pas au feu l'impénitent ou le relaps, elle est passible d'excommunication, comme favorisant l'hérésie. Tout prévenu qui ne comparaît pas devient contumace et encoure l'excommunication provisoire. Après un an, une sentence d'excommunication définitive est prononcée contre lui par le juge » (Bernard Gui, inquisiteur de Toulouse, 1322).

« Outre les peines ordinaires, l'inquisiteur peut infliger des peines pécuniaires destinées à couvrir les frais de la Sainte Inquisition. L'inquisiteur peut aussi imposer des pèlerinages, des prières, des aumônes. Je propose que les sommes recueillies aillent directement à l'inquisiteur et ne tombent point dans le pouvoir des évêques au poing serré et à la bourse constipée » (Nicolas Eymerich, inquisiteur de Catalogne, 1376).

Pierre-Roger de Mirepoix

Cousin germain de Raymond de Péreille, Pierre-Roger de Mirepoix est l'acteur principal de la survie puis de la défense de Montségur après son installation sur le pog à partir de 1231. Né probablement autour de 1194 et 1202, Pierre-Roger est l'héritier de Pierre-Roger de Mirepoix le Vieux, co-seigneur de la cité de Mirepoix. L'homme se révèle au cours de la résistance engagée par les seigneurs languedociens contre la Croisade royale de 1226. En 1229, il se trouve dépossédé au profit de Guy de Lévis. Il mène alors la vie d'un seigneur faydit, dans le giron de la famille comtale de Foix. En 1231, il trouve refuge à Montségur où il est attesté, en bon croyant cathare, comme l'une des personnes présentes aux sermons du parfait Jean de Cambiaire. A une date incertaine, entre son arrivée et 1234, il épouse, apparemment veuf de sa première femme, la plus jeune fille de son cousin, Philippa de Péreille, ce qui lui permet d'acquérir une partie des droits seigneuriaux de Montségur. Ce sera d'ailleurs le motif, en 1242, d'une querelle entre les deux cousins, si l'on en croit le témoignage de Philippa devant l'Inquisition. Il fallut l'arbitrage du parfait Bertrand Marty pour rétablir « la paix et la concorde » entre les deux cousins. Installé à Montségur, entouré d'une partie de sa famille, Pierre-Roger de Mirepoix organise la garnison du pog, qui non seulement doit pouvoir parer à une attaque éventuelle, mais aussi pouvoir le cas échéant mener des missions à l'intérieur et en dehors du Pays d'Olmes. L'occasion se présentera en mai 1242 contre les inquisiteurs de passage à Avignonet. Cette expédition sanglante est à mettre eu crédit de Pierre-Roger. Autre tâche qui lui revint : assurer à partir de l'été 1242 au ravitaillement de Montségur. De fait, jusqu'au dernier jour, Pierre-Roger fut, pour reprendre une expression de Michel Roquebert, « le chef suprême de Montségur, ayant la haute main sur la stratégie comme sur l'intendance« . C'est lui aussi qui dans la nuit qui précéda le bûcher du 16 mars s'occupa de faire évader quatre parfaits chargés de s'assurer d'évacuer le trésor de l'église cathare. Ce fut l'ultime service que Pierre-Roger rendit à la hiérarchie cathare de Montségur. Le 16, il livra le castrum « au pouvoir du Roi et de l'Église », donna son cheval à Bertrand de la Vacalerie, qu'il envoya à Montgaillard, où lui-même d'ailleurs devait se retirer. On perd alors la trace définitivement après le mois de 1244. Il survécut au moins quinze ans au siège ; un témoin des enquêtes royales de 1259-1262 le mentionne comme « encore faydit et exhérédé » à cette époque. Il disparaît ensuite sans plus laisser de traces.

Provincial

Dans l'ordre des Frères prêcheurs, le provincial est le supérieur religieux d'une province dominicaine (douze provinces en 1228). Au XIIIe siècle, le Languedoc est rattaché à la province de France avant la création de la province de Toulouse en 1303. Le prieur provincial de Paris intervient donc dans la nomination des inquisiteurs en Languedoc, avec l'approbation pontificale, à partir de 1264 et jusqu'au XVe siècle.

Raimon de Miraval

Né vers 1165, Raimon de Miraval reste un des plus célèbres troubadours du pays d'Oc qui s'oppose à la croisade des Albigeois, perd ses biens et ses protecteurs puis meurt en Espagne vers 1229.Petit chevalier de Miraval-Cabardès, seigneurie du Carcassès dépossédée de ses biens dans les années 1170-1175, Raimon de Miraval se fait troubadour, obtenant rapidement une certaine renommée dans les années 1191-1195 ainsi que la protection du comte Raimon VI de Toulouse qui devient son « Audiart ». Très célèbre auprès des dames et des seigneurs du Cabardès, au service des premières à maintes occasions, comme le raconte sa vida, Raimon de Miraval n'obtient cependant aucune reconnaissance des femmes qu'il courtise et des tumultueuses aventures qui lui sont attribuées comme avec Loba de Pennautier. Il se sépare même de son épouse, Gaudairenca, pour l'amour d'Ermengarda de Castres, « la Belle de l'Albigeois », qui le délaisse finalement pour Olivier de Saissac.

La croisade des Albigeois brise la production poétique de Raimon de Miraval. Ce dernier, ayant pourtant peu de conscience politique - bien que proche du parti toulousain - ou hérétique malgré un oncle devenu parfait, perd son petit château de Miraval pris vers 1209 ou 1211 par Simon de Montfort qui commande les croisés. Devenant dès lors un faydit (exclu), il appelle à l'aide ses protecteurs, et notamment le roi Pierre II d'Aragon et sa soeur Léonor d'Aragon qui vit à Toulouse, marié au comte Raimon VI. Après la victoire de Muret face des croisés (1213) et la mort de Pierre II, Raimon cherche refuge dans les cours hospitalières des royaumes d'Espagne. Ayant suivi Raimon VI de Toulouse dans son exil, âgé et fatigué, il meurt à Lérida au monastère cistercien de Santa Clara vers 1229.

Farouche adversaire du trobar clus (poésie fermée qui cache un message) et proche d'un amour chevaleresque, Raimon de Miraval revendique ouvertement avec ferveur mais rigueur l'amour ayant de belles manières courtoises - le jeu courtois - car « c'est dans l'amour quoique l'on dise que provient ce qui a le plus de vertu dans la folie comme dans la sagesse... ».Quarante-cinq poésies presque toutes consacrées à l'amour sont connues de lui, dont vingt-deux avec le thème musical. Dans ses cansos, il présente par ailleurs une image très représentative de l'insouciance qui règnent dans les cours du Carcassès durant les années qui précèdent la croisade des Albigeois et montre la richesse de la civilisation occitane de l'époque.

Raymond de Péreille

Raymond de Péreille, né probablement entre 1185 et 1190, est le fils de Guillaume-Roger de Mirepoix et de Fournière de Péreille. Jeune, il est présent à Fanjeaux pour écouter les prêches de Guilhabert de Castres. Entre 1204 et 1206, « à la demande et aux prières des parfaits Raymond Blasco et Raymond de Mirepoix », il entreprend la reconstruction du castrum de Montségur qui, comme il le raconta lui-même plus tard devant l'Inquisition, « était à l'état de ruine ». Raymond ne possédait pas alors que le village fortifié de Montségur. Il était aussi possessionné à Lavelanet qu'il tenait en co-seigneurie avec Bérenger de Lavelanet. Il y avait un château et selon ses dires toujours devant l'Inquisition, il fallut que les parfaits cathares de la localité viennent le voir pour ouvrir publiquement une maison dans ce bourg. Il les fréquente relativement souvent, tout comme il se rend à Mirepoix pour entendre les prêches du diacre Raymond de Mirepoix. Sitôt prise la décision de repeupler Montségur, il semble que Raymond ait peu quitté le pog où il est rejoint par sa mère, la parfaite Fournière de Péreille, et le reste de sa famille, si ce n'est pour assister à quelques consolaments ou voir quelques uns de ses parents. Dès le déclenchement de la croisade, il semble que Raymond se soit installé dans son rôle de protecteur et de « receleur des hérétiques ». Sous sa gouverne et pendant presque quarante ans, Montségur devint le pôle de résistance et la tête de pont du catharisme languedocien. Après la conclusion du traité de Paris en 1229, Raymond accepte « après beaucoup de prières et de discussions », rapporte Bérenger de Lavelanet, de donner asile à Guilhabert de Castres et aux principaux dignitaires de l'église cathare. De fait, il accepte, « certainement par conviction, mais aussi un peu par faiblesse (Michel Roquebert) » de faire de Montségur, la base logistique, le « siège et la tête » de l'église cathare. Nous sommes alors à l'automne 1232. Raymond est entouré de sa femme, Corba de Péreille, ses filles Arpaïx et Phillipa, son bayle Bernard Marty, son frère Arnaud-Roger de Mirepoix, co-seigneur de Mirepoix, plusieurs neveux, de nombreux chevaliers, amis et fidèles alliés et surtout son cousin Pierre-Roger de Mirepoix, l'homme fort, le chef de guerre qui va, avec lui, présider à la destinée de Montségur, menacé à tout instant d'être attaqué par les armées royales. C'est désormais ce dernier qui assure l'autorité sur la communauté des réfugiés de Montségur, c'est lui qui va s'occuper du ravitaillement, de la mise en défense du pog, de l'expédition contre les inquisiteurs à Avignonet en 1242. Raymond eut dès lors un rôle effacé. Il n'agit guère durant le siège de 1244, laissant toutes les initiatives militaires à Pierre-Roger de Mirepoix. Le 16 mars 1244, cet homme déjà âgé (il devait avoir environ une cinquantaine d'année, ce qui est relativement élevé pour l'époque) vit sa femme et sa fille Esclarmonde prendre le chemin du bûcher. Lui subit le sort de la garnison du castrum. Interrogé par l'Inquisition, on a conservé de lui deux textes, malheureusement tronqués, de ses interrogatoires du 30 avril et du 9 mai 1244. Vaincu et dépossédé de ses terres, il s'efface de l'Histoire après cette date.

Soci (socia au féminin)

Terme occitan qui signifie « compagnon ». Ce terme se retrouve dans les dépositions et les registres de l'Inquisition (socius), utilisé pour désigner celui ou celle qui accompagne le plus souvent le bonhomme (hereticus perfectus) dans sa prédication. Cette image d'un hérétique et son associé n'est pas sans rappeler les Apôtres ou encore les frères prêcheurs de l'Ordre de Saint Dominique qui allaient toujours par deux.

Relaps

Pour l'Inquisition, les relapsi sont des individus retournés à l'hérésie après une première abjuration. Même en cas de nouveau repenti, le relaps est remis au bras séculier et condamné au bûcher.

Sénéchal

Le sénéchal est un officier salarié et révocable à la tête d'une sénéchaussée dans le Languedoc au XIIIe siècle. D'origine noble, ses fonctions sont principalement politiques et militaires.

Sentence

« La preuve du crime d'hérésie administrée, il reste au coupable l'alternative d'abjurer ses erreurs ou d'y persévérer. Dans l'un et l'autre cas, une sentence intervient. La sentence inquisitoriale est toujours révisable, quant aux peines qu'elle statue. Seule celle qui entraîne la mort comme conséquence demeure irrévocable » (Bernard Gui, inquisiteur de Toulouse, 1322).

« Tout procès inquisitorial se termine par un verdict. Après examen des actes de l'accusé et de ses explications, et tenant compte de l'avis des experts, treize types de sentences ou verdicts peuvent être prononcés notamment l'absolution, l'expiation ou la purgation canonique, une nouvelle mise à la question, l'abjuration par suspicion faible, forte ou violente » (Nicolas Eymerich, inquisiteur de Catalogne, 1376).

Serment

Engagement sacré qui intervient dans la procédure inquisitoriale lorsque les inquisiteurs reçoivent les dénonciations et lors du procès où tous les participants sont obligés de prêter un serment.

Sermon général

« L'inquisiteur détermine, en accord avec l'ordinaire du lieu où il a établi son siège, la date du sermon général. Il ne sera pas prononcé le jour d'une grande fête [...] mais un dimanche quelconque. Le sermon général est public et les curés ainsi que les maisons religieuses sont informés du jour et du lieu du sermon par l'inquisiteur. Le jour venu, l'inquisiteur prononcera un sermon entièrement consacré à la foi, à sa signification, à sa défense, exhortant le peuple à extirper l'hérésie. Le sermon se terminera par la sollicitation des délations pendant le temps de grâce. Ceux qui ont écouté le sermon gagneront quarante jours d'indulgence » (Nicolas Eymerich, inquisiteur de Catalogne, 1376).

Sirventes

Dans les premières années des trobadors, Les thèmes amoureux traités sont complétés par des chansons politiques : ce sont les sirventes, chants plus engagés en lien avec le contexte politique agité du XIIIe siècle qui empruntent parfois à la canso son thème musical mais qui flattent surtout le prince protecteur et exaltent sa gloire.

Stèles discoïdales

Monuments funéraires que l'on connaît surtout dans le Lauragais audois, les stèles discoïdales ne sont probablement pas l'oeuvre des cathares en l'état actuel des connaissances archéologiques sur le sujet. Trop souvent assimilées aux sépultures que l'on rencontre dans le pays basque, ce sont des monuments d'un seul bloc de pierre constitué d'un pied et d'un disque parfois sculpté ou gravé d'une croix. Signalant généralement la présence d'une tombe, elles ont aussi pour but de perpétuer le souvenir du défunt.

C'est dans la revue Folklore qu'en 1963 René Nelli propose une possible réalisation et utilisation de ces stèles par les cathares mais il n'apporte pas de réponses quant à l'origine première de ces monolithes. Déodat Roché l'avait cependant précédé en 1947, affirmant l'appartenance totale de ces monuments au symbolisme cathare, appartenance ne serait-ce que par leur datation, leur localisation (notamment le Lauragais) et leurs particularités symboliques, et ce malgré l'ornementation catholique courante sur les stèles. Jean Duvernoy conclue la polémique en 1976 en rejetant toute liaison entre les cathares, leurs doctrines et les stèles discoïdales, s'étonnant même de la non-destruction de ces monuments de pierre « cathares » par l'Inquisition. Franjo Sanjek, de l'université de Zagreb, aboutit à des conclusions identiques dans sa thèse publiée la même année dans laquelle il aborde l'étude des stèles bosniaques et les liens de parenté douteux qui se sont progressivement construits avec le catharisme. L'origine de ces stèles reste encore assez mal connue aujourd'hui, plusieurs milliers ayant été répertoriés dans l'Europe entière (surtout en Allemagne, Belgique, Luxembourg et dans la Péninsule Ibérique) mais des ressemblances morphologiques ont été prouvées par l'archéologie. Lors d'un récent colloque sur le sujet à Carcassonne en 1987, les spécialistes européens ont confirmé qu'environ 150 stèles sont présentes dans le Lauragais, recensement effectué par le Centre d'Archéologie Médiévale du Languedoc (CAML) - dont 142 sont visibles dans l'Aude - et plus de 300 seraient répertoriées dans la région languedocienne. La synthèse des études et des travaux scientifiques avancent par ailleurs des résultats clairs quant à l'interprétation de ces monuments funéraires présents en Occitanie et leurs liens avec les cathares. L'état actuel des recherches archéologiques montre en effet que la répartition géographique des stèles discoïdales n'est pas lié aux grands foyers de la religion cathare et que rien ne permet de rapprocher ce type de signalisation funéraire et le mouvement religieux dissident languedocien des XIIIe et XIVe siècles. La grande majorité des stèles attirent en raison de leur parenté cathare que revendiquent certains auteurs et provoquent aujourd'hui encore le vol de ces monuments dans les églises ou les cimetières, la conclusion historique reste que « ces stèles discoïdales renvoient à un fonds bien plus ancien que le catharisme » et n'ont aujourd'hui de « cathare » que le nom.

Temps de grâce

« Le temps de grâce est fixé à un mois à partir du sermon général. Ceux qui, pendant le temps de grâce, se dénoncent spontanément [...] ne sont ni des dénoncés, ni des accusés, ni des cités à comparaître : ils avouent spontanément. L'inquisiteur modérera, à leur égard, sa sévérité » (Nicolas Eymerich, inquisiteur de Catalogne, 1376).

Torture

« L'inquisiteur préconise dans un premier temps la détention qui, savamment prolongée, « donnait l'intelligence » au prisonnier et l'incline à se convertir. Le régime pénitentiaire implique tantôt les jeûnes, tantôt les entraves aux pieds, tantôt les chaînes aux mains, tantôt d'autres tourments plus cruels. Si le détenu se montre récalcitrant, on le soumet à la torture. L'ordre est donné d'éviter la mutilation et le danger de mort » (Bernard Gui, inquisiteur de Toulouse, 1322).

« L'inquisiteur et l'évêque peuvent torturer, à condition d'en décider ensemble. Il n'y a pas de règles précises pour déterminer dans quels cas on peut procéder à la torture » (Nicolas Eymerich, inquisiteur de Catalogne, 1376).

Trobar

Le trobar est un écrit produit en langue d'oc par les troubadours se démarquent totalement des productions latines des siècles précédents. Cette nouvelle littérature est personnalisée par chaque auteur. Elle s'exprime généralement sous la forme de canso, chant d'amour courtois où se mêlent spiritualité et passion. Les troubadours d'Occitanie, sont connus par les vidas, petites biographies recopiées en marge de leurs créations littéraires sur des recueils des XIIIe et XIVe siècles. Ces textes racontent, entre la réalité et la légende, leurs joies, leurs peines et leurs passions ainsi que l'amour qu'ils ont pour la domna (la dame), épouse du châtelain qui reste inaccessible au poète amoureux.

Troubadour

Chevaliers poètes, les premiers trobadors (troubadours) apparaissent vers la fin du XIe siècle dans le duché d'Aquitaine. Le comte du Poitou et duc d'Aquitaine Guilhem IX (1071-1126) se revendique ainsi comme étant le premier troubadour, considérant dans ses chansons l'amour physique et l'amour courtois comme un devoir vassalique. Plusieurs générations de troubadours se succèdent, du grand seigneur ou jongleur d'origine modeste. Vers les années 1150, la période est marquée par les écrits des gascons Cercamon et Marcabru ou encore du prince de Blaye et seigneur de Pons, Jaufre Rudel. La génération des années 1180-1200 reste de loin la plus féconde avec notamment le baron périgourdin Bertran de Born, le chevalier de Saintonge Rigaut de Berbezilh, le jongleur corrézien Gaucelm Faidit ou encore Bernart de Ventadorn dont la vida est bien connue. Fils d'un petit serviteur du château de Ventadour en Corrèze, il est initié à l'art des vers par son maître le vicomte Ebles II de Ventadour surnommé « le chanteur ». chassé de Ventadour en raison des sentiments de l'épouse d'Ebles III, Marie de Turenne, à son égard, Bernard de Ventadorn se réfugie dans les cours seigneuriales du Midi puis reste un temps auprès d'Aliénor d'Aquitaine en Normandie vers 1152. Revenu en Occitanie, il devient le troubadour protégé de la vicomtesse Ermengarde de Narbonne avant de se retirer à la cour de Raimon V de Toulouse. À la mort du comte en 1194, il se fait moine à l'abbaye cistercienne de Dalon en Dordogne où il meurt, laissant plus de quarante chansons. Les derniers grands troubadours qui marquent la production littéraire occitane sont notamment le brillant toulousain Peire Vidal, Raimon de Miraval ou encore le limousin Gui d'Ussel, le très critique et grand producteur Peire Cardenal du Puy-Notre-Dame - dont plus de 90 poèmes et textes lui ont survécu - et le dernier des grands troubadours qui se veut don doctor de trobar, le narbonnais Guiraut Riquier.

Universités

Les plus anciennes universités du Languedoc sont celles des villes de Montpellier (dès le XIIe siècle) et de Toulouse (1229). C'est par la bulle Quia Sapientia du pape Nicolas IV que l'université de Montpellier est officiellement organisée le 26 octobre 1289 avec trois disciplines : droit, médecine et arts. Cependant, un enseignement du droit y est déjà dispensé depuis la deuxième moitié du XIIe siècle -bien qu'il ne se donne des statuts officiels qu'en 1339-, tout comme l'enseignement de la théologie au collège de Valmagne depuis 1263 qui reçoit peu de temps après des privilèges du pape Clément IV (1265). Cet enseignement de la théologie n'obtient cependant son institution canonique qu'en 1421 avec le pape Martin V et ses statuts en 1428, les Dominicains ayant tenu l'enseignement de la théologie depuis 1272 avec la création de studia generalia dirigées par des maîtres parisiens.

Quant à la médecine, un centre d'études médicales important est connu dès 1137 mais c'est Guilhem VII de Montpellier qui favorise l'enseignement de la médecine dans sa ville et la création d'écoles (1181). La politique pontificale ne se fait sentir qu'en 1220 avec la mise en place de statuts pour l'enseignement public, statuts complétés en 1239 avant son organisation définitive de 1289. Les arts, et plus particulièrement les écoles de grammaire et de logique, restent les plus anciennes, mais n'obtiennent leurs statuts qu'en 1242 par l'évêque Jean de Montlaur. Montpellier, avant d'en avoir les droits, dispose donc d'un centre universitaire important.

L'université de Toulouse a été créée à la suite du traité de Paris (1229) imposée par l'Église et le Roi de France au comte de Toulouse Raymond VII. Cette création devait en effet être un des foyers de la reconquête catholique en plein pays cathare, création contrôlée par Rome et son représentant en Languedoc, le légat Romain de Saint-Ange. Devant être à l'origine un centre d'études (studium), l'université de Toulouse voit le jour lors d'un sermon du 24 mai 1229 prononcé à Saint-Jacques de Toulouse par le cistercien Hélinand. Les premiers maîtres viennent de Paris, équipe dominée par le grammairien Jean de Garlande et le théologien Roland de Crémone. Malgré l'optimisme des premiers temps, les difficultés d'enseignement et l'inefficacité de l'université contre la présence cathare dans la région font que l'institution entre en crise. Le paiement irrégulier des maîtres parisiens, puis le départ de ces derniers (1232) provoque cependant une réaction de Rome et du pape Grégoire IX qui accorde des privilèges (1233) et favorise l'occitanisation de l'université. Les maîtres sont désormais recrutés dans le Languedoc comme Guillaume de Saint-Gaudens, maître de logique en 1235, Géraud d'Andiran, maître en droit en 1239 ou encore Loup d'Espan, régent en médecine en 1242. Les enseignements se diversifient. La faculté de droit (droit romain et droit canon) parvient officiellement à s'implanter en 1238. La faculté de théologie ne voit le jour quant à elle qu'en 1362, car tenue jusqu'à cette date par les Dominicains de Toulouse dans leur école mise en place en 1295. D'autres centres universitaires naissent dans le Languedoc : Narbonne pour la théologie, mentionnée officiellement dans une bulle du pape Innocent IV (1247), Pamiers, créée en liaison avec la fondation du diocèse (1295) et Cahors, fondée par le pape Jean XXII (1332). Ces créations - témoignage d'une politique pontificale universitaire volontaire - restèrent néanmoins limitées en raison de l'influence de Toulouse et de Montpellier.

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